Interview sur musiqualité

Publié le par Miss Plum

Bénabar "Un modeste homme plein de talent"

Bénabar est sans aucun doute l'un des nouveaux talents des musiques actuelles en France. Aujourd'hui, il fait ses tournées tout seul, et est le roi de la scène ! Après un si long parcours musical, la reconnaissance est bénéfique pour l'artiste. Rencontre avec l'avenir de la chanson française!


propos recueillis par Simon Lamellière | le 18/10/2005

 Simon : On peut dire que tu es l’un des nouveaux talents de la chanson française ?
Bénabar : J’aime pas vraiment le terme.. mais « Génie impérissable » , j’aime bien aussi.

Camille : Pourquoi es-tu passé du cinéma à la musique ?
Bah assez naturellement, en fait la télé je faisais ça avec beaucoup de plaisir mais c’était assez alimentaire, et parallèlement je commençais à faire de la musique ; jusqu’à un moment ou je me suis vraiment consacré à la musique pour des raisons d’emploi du temps car j’arrivais plus à ménager les deux. Donc je me suis consacré plus à la musique, mais le cinéma : c’est quelque chose qui m’intéresse encore, j’adorais ça vous savez, ce sont des super souvenirs pour moi.

Camille : Et donc à l’origine, tu es musicien ?
Pas vraiment, c’est que j’ai appris la trompette lorsque j’était petit, même encore aujourd’hui je joue du piano, mais je ne suis pas musicien au sens premier du terme, je pourrais accompagner des gens, donc je crois pas que je sois musicien à la base, non c’est peut-être plutôt l’écriture qui me tient le plus au cœur. (s'adressant à Simon et Charlotte) Arrêtez de chuchoter quand je cause bordel…. (rires)

Charlotte : Est-ce que dans tes chansons tu cherches à faire passer des messages ou pas du tout ?
Euh… je cherche pas, j’essaie de dire les choses que je pense dans mes chansons, mais pas de faire passer le message, de dire aux gens : « voilà ce qu’il faut penser, si vous pensez pas ça vous avez tort » .

Charlotte : Fais-tu de la chanson engagée ?
Non j’ai un rapport compliqué avec ça, même si je crois quand même dire des choses, enfin tu vois quand tu écoutes mes chansons, tu sais que grosso modo je suis plutôt de gauche, plutôt antiraciste, donc les choses sont là mais de là à faire passer des messages moi je m’en méfie beaucoup, j’ai un rapport un peu compliqué avec ça. Enfin c’est important les idées, je crois que c’est à chacun d’en avoir, t’as pas besoin d’un chanteur pour en avoir, c’est que mes idées valent autant que les idées d’un boulanger, à chacun de les avoir quoi, c’est pas parce que je suis chanteur que j’ai le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas.

Camille : Tes chansons c’est plus des situations vécues, ou autre ?
C’est plutôt vécu oui mais pas forcément tout le temps.

Simon : Te considères-tu comme un artiste bordélique ?
Bordélique ? Euh bordélique sûrement ouais, artiste j’ai des réserves là dessus mais bordélique sans aucun doute !


Bénabar :
« Le succès c’est quelque chose d’assez bizarre à vivre, que les gens te connaissent et toi tu ne les connais pas tu vois c’est un truc un peu étrange, mais moi ça va, c’est quand même un niveau humain donc tout se passe très bien quoi. »

Photo © : Adeline

Simon : Est-ce que le succès te fait peur ?
Oui, c’est quelque chose de très agréable quand tu vends des disques, quand tu remplis des salles de concerts c’est vraiment quelque chose de super. Mais c’est vrai qu’il y a quelque chose, enfin moi je suis à l’abri de ça, tu vois ça reste très humain, c’est plus de la reconnaissance donc je suis conscient que c’est un privilège de pouvoir être plus reconnu que connu quoi. Mais c’est quelque chose d’assez bizarre à vivre, que les gens te connaissent et toi tu ne les connais pas tu vois c’est un truc un peu étrange, mais moi ça va, c’est quand même un niveau humain donc tout se passe très bien quoi.

Camille : Et justement, quand il y a des gens comme Jean Rochefort ou même Henri Salvador qui vous disent qu’ils adorent vos chansons… ?
Ca fait super plaisir, bah c’est vraiment un grand plaisir, c’est une grande joie, et t’es surtout très intimidé, tu sais, quand t’as des compliments, t’as pas grand chose à dire mais ça vraiment plaisir

Simon : Quelle importance accordes-tu à la scène ?
Pour moi c’est l’essentiel un peu de mon boulot la scène, c’est un peu là que ça commence, que ça fini, enfin c’est la cause et la conséquence, le Ying et le Yang (rires). (Bruno se met à parler bizarrement) La mousique (musique) quand je fais la mousique, j’aime bien la scène , contact avec public, partage !

Camille : J’aimerais bien savoir où sont passés les Associés ?
Ils sont tous décédés, ça, ça été vraiment dramatique, j’aime pas trop en parler… Dans un accident de bus, enfin il reste deux associés, il y a Denis qui joue de l’accordéon avec moi encore, et Péperre qui n’est plus sur le groupe mais qui reste un copain très proche, qui vient aux enregistrements, qu’on voit souvent; mais il ne voulait plus partir en tournée, il est journaliste, il a plus envie de mener sa vie là dedans, mais il reste très proche de nous.

Charlotte : Et bénabar à la Star Academy ?
Eh bien, j’ai bien l’intention d’y aller, il paraît qu’ils donnent beaucoup d’oseille les gens qui s’occupent de ça (rire), mais on m’a pas proposé (rire), mais peut être que si on me demande j’étudierais la question de près !

Charlotte : Alors moi j’ai une autre question, bénabar apparemment ça vient de « barnabé le clown », mais qui est barnabé le clown ?
Bah justement personne, c’est vraiment un surnom ; au début on jouait à deux et j’aimais bien l’idée qu’on ait des noms de clowns, mais c’était vraiment une idée comme ça car on avait un concert prévu mais on n'avait pas de nom, mais bon voilà c’était pas motivé par une raison cachée (rire).


Bénabar :
« Le principal c’est de faire des chansons qui n'intéressent que toi quoi, ce qui est le risque principal de ce métier là. »

Photo © : Droits Réservés

Camille : Quels sont pour toi, les risques du métier ?
C’est large, euh, y en a beaucoup, le principal c’est de faire des chansons qui n'intéressent que toi quoi, ce qui est le risque principal de ce métier là, voilà : quand ça parle pas à personne quoi, et ça, je ne suis pas à l’abri de ce risque là mais j’essaye de le combattre ; et ça fait partie des grandes questions.. récurrentes tu vois !

Simon : Et tu penses à quoi quand tu es face à ton micro ?
Bah à plein de choses ça te surprendrait ! Des fois je pense aux paroles, des fois je pense aux gens, des fois je pense à d’autres trucs, et c’est à ce moment là que j’oublie les paroles d’ailleurs la plupart du temps, « qu’est-ce que je vais faire demain » etc… Mais ça va vient, mais souvent je pense à la chanson ou à la prochaine chanson.

Simon : Quelle est la question que tu aurais aimé qu’on te pose et qu’on ne t’as jamais posé ?
Aucune, franchement, il n’y a pas une question auquel j’aurais aimé répondre.

Simon : Et celle qu’on te pose tout le temps ?
Bah ça veut dire quoi bénabar (barnabé en verlan…), oui c’est surtout ça, ou alors on me demande si j’écris les paroles ou la musique.

Camille : Et alors ?
Bah alors c’est mélangé, des bouts de paroles, des bouts de musiques.

Charlotte : Quelle chanson préfères-tu dans ta discographie ?
Il n’y en a pas vraiment, en fait c’est cyclique, surtout que comme je fais déjà beaucoup de concerts, il y a des chansons tu en as marre de les jouer sur scène, et puis après ça revient ; donc il n’y en a pas vraiment. Mais en général je suis pas non plus exstasié par les chansons des autres.

Camille : Et quelles sont tes références musicales ?
Vraiment très larges, ça va des chanteurs français : Brassens, Renaud… aux chanteurs américains. Mais il y en a des dizaines..


Bénabar :
« J'ai un problème avec la notion de « passion » parce que moi à la limite c’est pas dans le boulot que j’ai envie de la mettre, je sais en même temps que c’est très démago de dire « exercer un métier comme un autre ». »

Photo © : Marion Richeux

Charlotte : Par rapport à vos concerts, je suppose que ce n’est pas la même ambiance à chaque fois ?
C’est pas la même ambiance à chaque fois mais bon c’est pas non plus complètement diffèrent, et tu sais moi je crois vraiment que l’ambiance c’est plutôt à nous de mettre qu’au public, enfin l’idée de dire « putain le public il a été mauvais ce soir » : ça me semble quelque chose de tout à fait absurde quoi. Et c’est ton Taff (travail) quoi tu vois, c’est quand même le public qui paye, et nous on est payé pour venir. Je crois que ça dépend pas des villes, euh, alors moi j’ai pas senti , pareil, que certains disent « dans le sud ils sont comme ça, dans le nord ils sont comme ça », bon y a des trucs qui sont peut être plus ouvertement chaleureux, genre en Bretagne etc, puisqu’il y a beaucoup d’étudiants, donc y a plus de gens qui ont fait la fête, qui ont bu un coup, qui sont bourrés (rires), qui mettent le bordel plus rapidement tu vois, mais moi j’ai jamais noté de vraie différence, et quand il y avait une vraie différence c’était de notre faute et pas celle du public, on avait pas réussi à énerver les gens.

Camille : Et vous avez prévu de sortir un album live ?
Oui c’est prévu, il va sortir en octobre avec un DVD.

Simon : Pour toi, être chanteur, c’est vivre sa passion ou exercer un métier comme un autre ?
Pour moi franchement, j’ai un problème avec la notion de « passion » parce que moi à la limite c’est pas dans le boulot que j’ai envie de la mettre, je sais en même temps que c’est très démago de dire « exercer un métier comme un autre », parce que c’est pas vrai, mais il y a cette notion là, être chanteur, ouais c’est un boulot en fait, et le fait d’écrire des chansons c’est un truc plus intime, plus complexe parce que tu te livres, c’est la vision que tu as du monde, et ça te met plus en péril le fait d’écrire, et le fait de chanter en fait ça demande des compétences assez immédiates, quasiment techniques, il y a plus une forme de métier dans le chanteur que je ressens pas du tout dans le fait d’écrire, mais dans le chanteur tu t’aperçois quand tu fais beaucoup de concerts, au bout d’un moment tu travailles un peu ta voix tu te pètes moins la voix après chaque concert, moi je vois, il y a encore 3-4 ans je me cassait la voix à tous les concerts, maintenant c’est plus rare, donc il y a des choses que tu apprends, donc chanteur je pense que c’est plus un métier, et auteur de chansons c’est pas un métier je pense pas. C’était chiant la réponse, hein ?!! (rires)

Charlotte : Comment te définirais-tu aujourd’hui ?
C’est difficile à dire, c’est une chose que je sais pas.

Camille : Question piège...
Désolé, j’esquive habilement, très habilement. Vous avez remarqué …Non franchement je ne saurais pas vous répondre. (il regarde sa montre). Je regarde parce qu’à 18h je voudrais fumer ma cigarette parce que je m’arrête de fumer (Rires) J’ai déjà fumé deux clopes aujourd’hui, je n’aurais pas du mais c’était bien..

Simon : Ta carrière a explosé avec le deuxième ou le troisieme album ?
Explosé, c’est un très grand mot ! J’ai été un peu plus visible avec le deuxième. Mais les gens n'ont pas un peu oublié l’album d’avant enfin. Après ils se sont dit " oui il y avait un album avant " mais...

Camille : La petite monnaie ?
Oui, la petite monnaie… Il y a pleins de gens qui ne le connaissent pas encore aujourd’hui, qui le découvrent. Mais, ça fait parti du trajet normal. C’est un album qui était beaucoup plus confidentiel donc il y a que les gens qui ont vraiment envie de s’intéresser à ce qui s’est passé avant. Ce qui n’est pas le cas de tous mais ça fait partie du boulot. C’est un album que je revendique et que j’assume entièrement ……Voilà


Propos recueillis par Simon Lamellière avec la participation de Charlotte Pollet (Rédactrice de musiQualité) à Amiens le 2 Avril 2004. Interview faite avec Camille Flandre de Delirium le journal.

Bénabar : Une tournée, Un CD « Les risques du métier » (Jive/BMG France).

PS: Si vous n'avez rien à faire un soir, allez voir bénabar !

 

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